L'urgence du changement comportemental en alimentation
Le système alimentaire contemporain fait face à des défis sans précédent. La production et la consommation alimentaires contribuent massivement aux émissions de carbone, à la pollution, à la réduction de la biodiversité, et génèrent de graves impacts sanitaires et sociaux. Dans le contexte de l'Anthropocène, la transformation rapide de nos comportements alimentaires n'est plus une option mais une nécessité. Cette transformation passe aussi bien par la transformation de l'offre que celle de la demande. Nous allons devoir tous faire des efforts, et vite. Pourtant, malgré des décennies de recherche et d'innombrables campagnes de santé publique, les résultats demeurent décevants. Pourquoi est-il si difficile de changer les comportements alimentaires ? Et surtout, comment peut-on enfin y parvenir efficacement ? Ma contribution propose une réponse fondée sur la théorie des installations, un cadre conceptuel qui révolutionne notre compréhension du changement comportemental en alimentation. Cette approche reconnaît que le comportement alimentaire n'est pas simplement le produit de choix individuels, rationnels ou pas, mais résulte d'une architecture complexe où s'entremêlent environnement matériel, compétences incorporées et régulations sociales. L'ensemble de la filière, et de fait de la société, est impliqué dans cette architecture et c'est pourquoi le changement n'est pas facile.
Les limites des approches traditionnelles
Historiquement, les interventions nutritionnelles se sont concentrées sur l'éducation et la persuasion, présumant que si les individus connaissaient les « bons » choix alimentaires, ils les feraient. Cette approche dite du « déficit » repose sur l'idée que les gens agiraient correctement s'ils étaient mieux informés. Les résultats mitigés révèlent les failles de ce modèle. Plus récemment, l'approche « nudge » a gagné en popularité. Bien que prometteuse, les méta-analyses montrent que ses effets sont la plupart du temps modestes et peu durables. Les modèles comportementaux existants tendent à se focaliser sur un seul type de déterminant : soit le sujet (attitudes, intentions), soit les normes sociales, soit les facteurs externes (prix, régulation). Cette vision fragmentée explique en grande partie pourquoi nos interventions échouent.
La théorie des installations : un nouveau paradigme
Lire la suite (pages 14 à 17)